Pour Philippe Chiamberatta, comme pour toute une nouvelle génération d’architectes, le travail de l’architecte ne peut plus se cantonner à un domaine, la conception, et à la construction d’ouvrages. S’il bâtit localement, son rôle est d’apporter des solutions aux problématiques contemporaines majeures. Et pour y parvenir, il doit s’ouvrir à d’autres visions, d’autres méthodes, afin de ne pas être déconnecté des mutations des sociétés.
Ses  réalisations vont de galeries en lieux d’exposition puis en immeubles de bureaux…. Les projets s’enchaînent : le #cloud.paris, le centre commercial Aéroville de Roissy-Charles de Gaulle, la Caisse des dépôts et consignations, Paris, le musée d’art contemporain Pinchuk Art Center de Kiev, ou encore le Centre national des arts plastiques, à La Défense. En 2017, de nouveaux projets comme la tour The Link à la Défense, futur siège de Total, le pôle gare des Ardoines, dans le cadre d’Inventons la Métropole, ou le MoCo, centre d’art contemporain à Montpellier, et des chantiers en cours : le 52 Champs, Laborde, Haussmann, Be Issy, Canopy et Penthièvre, … Sans oublier le Stream building, puisque Philippe Chiambaretta est lauréat de l’Appel à Projets Urbains Innovants « Réinventer Paris », lancé par la mairie de Paris en 2015. Le Stream Building est un projet manifeste de la philosophie de travail développée par l’agence PCA-STREAM, qui associe recherche et action et crée un nouveau lien avec la nature, vision fondée sur l’application de plusieurs années de recherches sur les nouveaux espaces de travail (Stream 02, After office). Le Stream Building s’inscrit en ce sens dans la continuité du projet #cloud.paris, livré fin 2015. Il intègre par ailleurs les idées issues de Stream 03, Habiter l’Anthropocène, en abordant notamment le bâtiment comme un métabolisme. Mutations technologiques, nouveaux usages et vision renouvelée des rapports ville-nature caractérisent ce projet-manifeste.
Philippe Chiamberetta est aussi le fondateur de la série biennale de livres-revues qui s’étendent sur une dizaine d’années, STREAM, dont le dernier numéro, « Stream 04, Les Paradoxes du vivant 2017 » explore les scénarios de réponses au constat de l’ère Anthropocène, en constatant une nouvelle relation de l’homme au vivant, avec un renforcement du modèle de la ville-métabolisme. « Un outil d’exploration ! » comme l’architecte aime à le définir mais qui y voit surtout le moyen d’anticiper de nouveaux usages et de futurs comportements. Interview exclusive pour UP’ Magazine.
UP’ Magazine : Philippe Chiambaretta, votre parcours est atypique ; comment et pourquoi êtes-vous devenu architecte ?
Philippe Chiambaretta : J’ai suivi une formation assez classique, la voie toute tracée et considérée comme royale des Grandes Écoles, avec une formation d’ingénieur à la clé, aux Ponts et Chaussées. Après la Business School du MIT, j’ai commencé à travailler comme consultant à New York, mais il me manquait une dimension, je cherchais à donner davantage de sens à ce que je faisais, et j’étais notamment tenté par une carrière de plasticien. Rencontrer Ricardo Bofill et pouvoir travailler avec lui sur le long terme, dans le monde entier, m’a permis de réaliser que l’architecture était un champ particulier où l’on peut articuler des logiques de production et de création. Au final, je ne suis devenu architecte qu’en 2000, à presque quarante ans, mais ce parcours un peu atypique pour la profession influence certainement ma pratique, notamment mon approche résolument non-formaliste. Je ne crois pas au génie créatif, à cette chimère du créateur inspiré, omniscient et omnipotent ; une bonne architecture a des responsabilités, elle part d’une analyse fine d’un contexte et des usages, la forme vient en second, et surtout c’est un travail collectif. Je garde en revanche la conviction que, du fait même de cette position charnière entre différentes logiques, l’architecture est une position privilégiée pour agir, pour répondre aux enjeux contemporains de l’urbanisation globale et de l’urgence environnementale.
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